vendredi 18 mars 2016

Elsberg

Au pied de la montagne Elsberg
où coule la rivière Conhill
sous son regard,
son débit fougueux, ses faux-airs
de femme-fontaine, son éternité
c’est là que je comprends
que l’amour
que j’étais supposé t’apprendre
que le plaisir que j’étais censé t’enseigner
du haut de mon âge
c’est là que je comprends
d’abord comme une humeur
comme un parfum
dans l’air de cet été
que j’apprends en un éclair
te regardant nue, te baignant
si fraîche, si spontanée
de ton désir patent
bien plus que de ton amour
que je comprends que le plaisir
nait uniquement de l’innocence
Et, d’innocence
j’en ai tant moins que toi
je n’en ai plus une once
Au zénith d’un soleil d’été
Je comprends que le désastre attend
tapi derrière nos certitudes
et que nous ne verrons rien
du plaisir qui nous était promis
si nous ne faisons pas
et l’un et l’autre
tels la terre qui nous porte
notre révolution.

dimanche 22 novembre 2015

Le chien


Je suis le chien sauvage et fier
le chien épris de liberté
enfant d’une louve
solitaire et sans meute
je suis celui qui ne mord
que la main qui le nourrit
ou qui le flatte
parce qu’il sait
intimement et irrémédiablement
que la pulsion
qui la pousse
à se tendre
n’a comme intention
séculaire et invariable
que de l’apprivoiser
Je ne suis pas certain
du fond de mon isolement
qu’appeler cela poète
soit tout à fait justifié
et sais qu’il s’agit
encore et toujours
d’une manœuvre
visant à ma soumission







jeudi 5 février 2015

La fin


La mort n'est le début de rien.
Pour lui, la mort, ce fut
une étrange et curieuse
envie de se vider
et, n'écoutant que son envie,
ce fut un siège,
un effort modeste
lorsqu'il comprit, en un éclair
que ce qu'il avait envie d'expulser
n'était autre que sa vie.
Son cœur a lâché
avant que de tomber
dans la cuvette.
L'homme s'est affaissé,
est tombé de son trône,
et c'est ainsi qu'on l'a retrouvé,
ridicule, comique,
au pied du siège,
culotte sur les souliers,
il s'en était allé.
Ça n'a fait rire personne.

vendredi 23 janvier 2015

Mâle abhorré


Je ne me souviens pas m'être dit,
un jour, celle-là, je la saute
Je pense n'avoir jamais ressenti,
même au moment crucial,
ce désir impérieux de la lui foutre
à tout prix
Ce dont je garde, par contre,
un souvenir ardent,
c'est le trac, le vertige,
de devoir, justement,
la mettre dedans.....
Tout un chacun, parmi les mâles,
s'accorde, à peu de frais,
une part féminine....
Si c'était vrai,
L'homosexualité passerait
dans le clan du normal,
si c'était vrai,
il n'y aurait, tout bêtement,
plus aucun viol.....
Si c'était vrai,
mes potes de Charlie
ne seraient pas morts.....
Moi, pourtant,
cette part féminine démesurée
ne m'a jamais empêché d'avoir
une sexualité hétérosexuelle
convaincue et épanouie.
Non, non, non
Pascal Pratz n'est pas mort
car il bande encore
car il bande encore.
Seul bémol,
son refus d'assimiler
le verbe bander
à la turgescence....


Hommage déguisé à Luz et ses paroles à l'enterrement de Charb.

jeudi 24 avril 2014

Le petit dernier, tout juste démoulé....

Je suis un polisson
qui regarde les dames
enfant mal dégauchi
hirsute et pas poli

je suis un galopin
j'emmerde les gendarmes
en attendant qu'ça sèche
là-haut, là-haut

je suis un garnement
un qui s'en fout la mort
toujours les poches vides
sans avenir et sans but

je suis un fripon
qui ne mouche pas son nez
avant de dire bonjour à la dame
et ne dit, même, jamais bonjour

je suis un libertin
féru de gaudriole
un jouisseur de la vie
sans dieu et sans idoles

je suis un galapiat
qui n'écoute aucun ordre
et n'en respecte aucun
anarchisant épidermique

Je suis un chenapan
un vaurien
un gredin
un filou
et, vous, adorables semblables,
vous, si conformes, si parfaits,
serez à jamais
mes pères fouettards
indispensables.

jeudi 3 octobre 2013

Avenir



Quand je serai grand, je gagnerai du fric
des montagnes de fric
Quand je serai grand, j'aurai un château en Espagne,
et plein d'autres ailleurs, en ville, à la campagne
Quand je serai grand, j'aurai une Ferrari
Une Porsche et une Rolls aussi
Quand je serai grand, j'aurai un avion
Quand je serai grand, j'aurai le goût des voyages
En Asie, en Europe, à Carthage
Quand je serai grand, je vivrai sous les cocotiers
au bord d'un lagon privé
Quand je serai grand, je m'achèterai des filles
jeunes, minces, grosses poitrines et gentilles
Quand je serai grand, je me ferai bricoler
lifting, chirurgie, salon de beauté
Quand je serai grand, je serai bien habillé
de la marque, de la classe, du stylé
Quand je serai grand, je préfèrerai mon accoutrement
culotte courte, baskets et survêtement
Quand je serai grand, je ferai du sport
pour valoriser mon corps
Quand je serai grand, j'aurai toutes les nouveautés
tous les joujoux connectés
Quand je serai grand, je croirai en dieu
Quand je serai grand, je serai heureux
Quand je serai grand, je serai comme tout le monde,
Quand je serai grand, je ne serai pas grand.

jeudi 19 septembre 2013

Chasser la mer


Nous flottions sur des bateaux
qui n'en avaient que le nom
Parfois sur des merveilles
A deux, à trois, à dix
Peu importait pourvu qu'on soit sur l'eau
Sur n'importe quelle mer
sous n'importe quel ciel
De jour, de nuit,
Souvent sans autre but
Que, devant nous, l'horizon
Sur la mer nous avons tout vécu
d'extraordinaires joies,
Des galères, des naufrages
l'extrême chagrin de perdre un marin
des fêtes dignes d'un prince
A l'Henaff et à la piquette
Même un mariage
Nous y avons été malades
nous y avons fait l'amour
nous y avons dilapidé notre jeunesse
certains y firent leur dernier voyage
sans jamais rien y chercher vraiment
simplement pour le plaisir
comme on le disait sans cesse
de chasser la mer.

mercredi 3 octobre 2012

Envol

Tu me dis qu’il faut vivre
que le plaisir de vivre est dans chaque instant
que l’air qui entre en mes bronches
est à lui seul un absolu
tu me dis que rien d’autre
ne peut raisonnablement compter
tu me dis que ce qui me manque
me manquera toujours
a pour nom légèreté
tu me dis que le poids de la vie
est devenu trop lourd pour toi
tu me dis que tu n’en peux plus
de ma mélancolie lunatique
Tu me dis au revoir
et tu t’envoles par la fenêtre
dans le total aveuglement
de ta grâce rêvée
vers ton avenir de papillon tragique

mercredi 5 septembre 2012

Feuille d'été

Le papier s’est échappé
par la fenêtre
à cause d’un vent mauvais
ennemi de l’écrit
un vent taquin
adepte de Kipling
venu le cueillir sur le coin de ma table
il virevolte et tombe
avec la grâce d’une feuille d’automne
ce n’est pas l’automne
jamais ne le reverrai
déjà parti plus loin
que le bout de la rue
dessus j’avais inscrit
pattes de mouches
toutes les idées d’une semaine entière
des débuts de poèmes
des idées de romans
des premières phrases
important, les premières phrases
n’ai plus qu’à m’y remettre
fouiller ma cavité
tout retrouver
tout reconstituer
tout réinventer
tout recommencer
le vent fripon
m’a tout déshabillé

jeudi 12 juillet 2012

Nouveauté

Il se nomme : Recuerdos ( en couleurs)
Les illustrations sont de Cathy Garcia
Ed. du Petit Véhicule 
44 pages - Reliure à la chinoise -  11€



Pour le commander, un mail ICI ou LA

samedi 30 juin 2012

Très grand jour pour moi : je suis officiellement poète. D’aucuns le savaient, m’ont encouragé, même, et c’est aujourd’hui une réalité. J’ai reçu hier le premier exemplaire de ce qui sera mon premier recueil de poésie. Ça devrait ressembler à ça :


Version non définitive, en cours de dernières corrections, vous devriez en entendre parler par là assez rapidement.

Un extrait ici

Recuerdos (en couleur) - Illustrations de Cathy Garcia
Editions du Petit Véhicule - 45 pages- 11€

vendredi 23 mars 2012

La rose OU le réséda

Rose je suis née
un matin de printemps`
lentement éclose
au soleil levant
sur mes pétales velours
la rosée s’est posée
pour mon tout premier jour
la nature m’a fêtée
ouvrant mon coeur au vent
j’épanouis mon vase
quelque insecte errant
y vient pour son extase
et, en parcourant ma corolle,
en innocence me reproduit
prépare le jour hélas inscrit
où graines tomberont au sol
et puis s’en vient le soir
premier soir de ma vie
et, geste obligatoire,
je referme mon huis
mon coeur souffre déjà
de cette fermeture
au monde que ma joie
impose comme fêlure
au lendemain matin,
de nouveau, mon corps s’ouvre
mais mon espoir est vain
aucun oeil ne me couvre
pourquoi vivre en ce lieu
si c’est pour n’être vue
jardinier où es-tu
qui me couverait des yeux?
Aux troisièmes matines,
la rosée, certes, est là
ainsi que l’astre diurne
mais d’yeux, non pas
Rien que toiles et brise
et, dès la fin du jour,
l’un de mes liens se brise
et je perds un atour
Au lendemain du doute,
mes feuilles se plaignent toutes
et, bien obligée du sort
peu me suffisent encore
Au sixième, j’expire
mes pétales me quittent
mon dénuement empire
Et rien ne me reste
je meurs, tige sinistre
sans le regard d’aucun
sans son admiration, dans le chagrin
du rêve de n’avoir pu naître
Réséda

jeudi 8 mars 2012

Perdition....

on ne sait dans quels yeux,
pour quelle chimère,
on se perd,
on s’égare,
on s’enfonce
D’abord on s’entête
on se trouve des raisons
puis, comme un robinet qui fuit,
on déborde, on suinte,
on laisse s’échapper la douleur,
on perd l’équilibre
la folie s’insinue,
jour après jour,
heure après heure,
sensation impérieuse
de sortir de son corps,
de s’écarteler
rassemblement impossible
moi ici, moi ailleurs
le même moi, pourtant,
à soi-même étranger,
mais encore combattant
sens d’une unité propre,
différente, unique,
Pourtant, jour après jour,
le miroir familier renvoie
une image qui n’est plus soi
qu’on veut encore soi,
précipice,
qu’on pourrait voir,
si l’on n’était perdu
c’est le début de la fin
par moments,
le frisson de la mort
parcourt votre échine
on ne le reconnaît pas
par moments,
un autre que vous s’exprime
par votre voix,
on ne le reconnaît pas plus
mais on l’adopte pourtant
C’est le point auquel
les humains vont diverger
certains vont ainsi s’accepter,
d’autres se pendront,
d’autres sombreront
aux charmes
de quelque paradis artificiel,
d’autres vireront au noir,
d’autres persisteront
dans la recherche d’une raison
Au total,
nous finirons tous fous
certains avec panache,
rattrapant par les cheveux
un sentiment de légèreté,
la plupart dans le médiocre.

jeudi 8 décembre 2011

Aux tortionnaires

Ils sont entrés quatre
tout soudain
défonçant la porte`
quatre jeunes garçons,
de braves garçons
si ce n’avait été
l’uniforme
On est venu te tuer
le premier a armé son fusil
le deuxième, extirpant son couteau
attends
je vais le saigner,
ce porc
le troisième a allumé le gaz,
si on lui chauffait les pieds?
Rangeant son couteau,
le sadique a proposé
de me sodomiser au tison
comme un sale pédé
le quatrième ne disait rien
quelque chose en lui
trahissait une humanité
réprobatrice
mais il n’a rien dit
ils m’ont torturé
assassiné
je n’ai pas eu mal
ils m’avaient laissé
assez de temps
avant d’arriver,
avant de commencer,
pour me permettre
de m’enfermer en moi
je ne leur ai rien donné
pas, en tous cas,
ce qu’ils étaient venus chercher,
mes cris de douleur

samedi 2 juillet 2011

La vie est courte
on n’a qu’une vie
tous les idiots
que porte cette terre
s’en vont ballants
et répétant
on n’a qu’une vie
une vie trop courte
Comme un espoir
comme un but
chacun rêve
d’y survivre
d’être célèbre,
d’être plus que rien,
de compter parmi les hommes

On écrit, on peint
on crée, on entreprend
pour simplement
laisser une trace
Le contraire,
de la conscience
d’un passage

Je vous le demande,
ne me panthéonisez pas
c’est vivant
que j’ai besoin de vous,
de votre enthousiasme
quand je ne serai plus
brûlez mes livres
et toutes mes oeuvres
avec mon corps
point d’hommage
pas de discours,
hors: il n’est plus,
plus rien de lui n’est ici

Et peut-être vous direz-vous,
à cette seconde,
enfin,
si j’avais su.....
Dans un moment aigu
de clairvoyance,
comprendre que vous n’auriez pas
tout à fait
vécu

vendredi 25 février 2011

Ce qui sous mes yeux se tient

Plus tard, vous écrirez des livres,
certains seront pure douleur,
d’autres tenteront d’expliquer
peut-être même de justifier
ce qui sous mes yeux se tient


Plus tard vous ferez du cinéma
d’interminables documents, parfois,
comme une tentative
de nommer l’indicible,
certains seront glaciaux,
et je vous crois capables
de tenter le comique avec
ce qui sous mes yeux se tient


Plus tard, nous parlerons
ceux qui le pourront
vous raconteront
ce qu’ils virent et vécurent
et vos oreilles incrédules
ne les entendront pas
vous voudrez vous garder
de ce que vous avez laissé faire,
ce qui sous mes yeux se tient


Plus tard vous nous rendrez justice
vous ferez
de nouveau
de nous,
des Hommes,
même si le numéro
dans notre peau gravé
jamais ne s’effacera,
loin, très loin, de
ce qui sous mes yeux se tient


Aujourd’hui, tout est là,
Hommes étiques
femmes au vent dispersées,
enfants effacés
à jamais sans jeunesse
sans avenir,
la lutte de chacun,
quotidienne,
implacable,
pour seulement apercevoir
le soleil d’un lendemain,
et, le pire, peut-être,
l’insolente santé de nos bourreaux
voilà
ce qui sous mes yeux se tient

mardi 15 février 2011

Le silence
des horloges
electroniques,
c’est un truc
de marchand
pour nous faire
oublier
le temps
un cautère
sur une âme
en peine,
une chose,
au hasard
inventée,
qui nous plut
à cause
de la dose
d’oubli
qu’elle contient.

mardi 23 novembre 2010

La rive


Les ajoncs étaient encore verts,
à leurs pieds la rivière coulait,
sempiternelle,
bouillonnante,
agitant sans cesse
chacune des particules
dont elle faisait son cours.
Parmi elles, probablement,
beaucoup avaient déjà fait ce chemin,
exactement celui-là,
ballotées par le cycle qui, sans cesse,
les ramène à la mer
pour les emporter de nouveau
vers les sommets,
dans un nouveau périple.
Tout était calme,
tout était ordinaire
et, dans ce flux tumultueux,
des molécules,
revivant leur destin,
me parlaient d’éternité.
Souvenir en brun

Certains matins,
je me souviens d’autres jours,
ceux de mon enfance,
les jours en brun,
mon père absent
qui n’en reviendrait pas,
ma mère accablée
la faim qui nous tenait,
la mort tout autour
qui tombait parfois du ciel
mais vous guettait aussi
au coin de la rue
le temps du brun,
celui des copains
qui s’en allaient,
étoile au coeur,
le kaki partout,
les hurlements des chiens
ceux des hommes tout autant
ce temps qu’on croyait
si loin
et qui, pourtant,
semble s’en revenir,
tout doucement,
le temps du brun.
Le Poète

S’il n’a pas les pieds sur terre
c’est que sa tête est un ballon
c’est cette absence de montgolfière
qui nous impose les bas-fonds.


Il est gros d’un autre monde
jusques aux yeux enceint
de ses eaux , l’hécatombe,
de son ventre, demain!...


Quand viendront les six pieds sous terre
quand auront crevé les ballons
alors nous serons un peu plus frères
enfin nous lui ressemblerons.